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Pediatric Neurology

La migraine de l’enfant : « plus tôt tu me prends en charge, mieux c’est ! »

2.01
octobre 2015
Douleur de l'enfant

La migraine de l’enfant est souvent sous-estimée, peut-être mal connue. Pourtant sa prévalence est de près de 7,7 % chez les jeunes de moins de 20 ans et entraîne, comme de nombreuses pathologies douloureuses chroniques, une altération de la qualité de vie (diminution des activités de loisirs…) et des conséquences sur la scolarité (absentéisme). Les facteurs pronostics sont connus et dépendent notamment de l’âge lors du diagnostic et de la durée du suivi médical. Ce sont ces facteurs qui ont motivé les auteurs de cet article, membres d’un centre parisien traitant la douleur de l’enfant. Cette étude de suivi de cohorte a concerné les enfants suivis dans ce centre de référence de la migraine en 1999, répondant aux critères IHS. Sur les 299 patients vus pour la première fois, 142 présentaient un diagnostic de migraines. 61 % (86) ont pu être joints par téléphone et 84 ont accepté de répondre aux questions de l’enquêteur. Il n’y avait pas de différence significative parmi ces participants (âge, sexe, ratio, type de migraine). En 1999, l’âge moyen des patients lors de la première consultation était de 11,6 +/- 3,1 ans et 38 % présentaient une à trois crises par semaine. L’absentéisme scolaire concernait 70 % des enfants et représentait des périodes moyennes de 5,9 +/- 6,5 jours. Parmi les personnes ayant répondu à l’interview téléphonique (84), 46 % (39) présentaient encore des crises migraineuses 10 ans plus tard, 64 % (62) souffraient de céphalées de tension et, 39 % (33) de céphalées isolées. Parmi les 72 patients ayant encore des céphalées, 82 % (59) se disaient se sentir mieux. Entre 1999 et 2009, le pourcentage de patients avec au moins une crise de migraine par mois a baissé significativement : de 27 à 8 %. 
Dans cette population observée, la diminution des crises entre les deux périodes est évidente, il semblerait que le seul facteur de risque soit l’âge supérieur à 12 ans lors de la première consultation. Ces données sont à mettre en parallèle avec les chiffres de la littérature retrouvant une diminution de la prévalence des migraine avec l’âge (populations étudiées à 3, 5, 6, 8, 10, 20 et 40 ans et une prévalence respective de 60 %, 56 %, 49 %, 45 %, 38 %-55 %, 49 % et 54 %). Il est également observé une diminution de la fréquence des crises dans le temps : passant de 11 à 2 par mois sur une période de 10 ans. D’autres études ne retrouvent aucune rémission chez des adolescents (persistance des migraines ou transformation de la céphalée) : c’est le cas pour quatre-vingt-sept patients adolescents suivis sur une période de 4 ans. 
Que retenir alors de cette étude observationnelle ? Le seul facteur semble être l’âge de diagnostic : après 12 ans, il semblerait y avoir un risque plus élevé de présenter ensuite des crises migraineuses plus fréquentes et inversement pour les enfants de moins de 12 ans. Les autres facteurs de risque ne semblaient pas significatifs. Il est donc important de dépister ces jeunes migraineux au plus tôt, et de leur offrir une prise en charge adaptée. Ainsi, les conséquences à court terme seront limitées (absentéisme scolaire, altération des loisirs et de la qualité de vie) mais également au long cours en diminuant le risque de présenter cette chronicité à l’âge adulte. Dans le parcours du patient, les centres de la douleur de l’enfant, dont ceux de référence dans la migraine, ont leur place pour aider les praticiens au quotidien : prise en charge, information, formation, mais ils restent tout de même des centres de 2ème recours. 

 

Reference

Galinski M, Sidhoum S, Cimerman P, et al.
Early Diagnosis of Migraine Necessary in Children: 10-Year Follow-Up. Pediatric Neurology 2015;53(4):319-323.

Auteur

oa-cm